La théorie de l’élimination : quand le corps tente de se nettoyer

Cet article fait partie d’une série sur le travail du docteur Seignalet que vous pouvez retrouver ICI.

Eczéma, sinusite chronique, côlon irritable, asthme… Ces pathologies semblent disparates. Pourtant, Jean Seignalet les lit comme un même phénomène : l’organisme cherche à s’éliminer. Une lecture qui change tout.

La médecine conventionnelle traite chaque pathologie selon ses symptômes. Un eczéma reçoit un traitement dermatologique. Une sinusite chronique, un traitement ORL. Un côlon irritable, un traitement digestif. Ces approches sont utiles car elles soulagent, pourtant, elles ne répondent pas toujours à une question fondamentale : pourquoi ces troubles s’installent-ils et reviennent-ils ? Jean Seignalet propose une piste. Il la nomme la théorie de l’élimination.

Un organisme qui cherche à se débarrasser de ses déchets

Nous avons vu dans les articles précédents que des molécules étrangères venues de l’intestin s’accumulent dans les tissus quand les émonctoires sont débordés et cela crée un encrassage. Or, l’organisme n’est pas passif. Il tente en permanence de se nettoyer.

Seignalet a observé que, dans plusieurs pathologies en apparence très différentes, les lésions anatomiques présentent un point commun : une accumulation massive de globules blancs, sans qu’aucun agent infectieux ne soit en cause.

C’est cette observation qui lui a suggéré une idée audacieuse. Ces leucocytes (les globules blancs) ne sont pas là pour combattre une infection. Ils jouent le rôle d’éboueurs. Ils chargent les molécules non dégradables et les transportent vers les surfaces d’évacuation.

Les globules blancs comme véhicules de détoxication

Parmi les globules blancs, les macrophages peuvent capter des molécules nocives par phagocytose (c’est à dire qu’ils les absorbent). Ils les transportent, traversent la paroi d’un émonctoire (un organe d’élimination des déchets), et s’expulsent à l’extérieur avec leur contenu.

Pour faciliter cette évacuation, l’organisme mobilise aussi d’autres mécanismes. Des petites protéines messagères, appelées cytokines, recrutent d’autres leucocytes. Ces derniers stimulent la multiplication des cellules épithéliales (les cellules de surface), dont la desquamation emporte les macrophages chargés. Les sécrétions des glandes muqueuses peuvent également transporter des toxines.

En somme, ce que nous appelons une inflammation chronique localisée est peut-être, dans certains cas, une tentative du corps de faire sortir des molécules qu’il ne peut pas dégrader autrement.

Les voies de l’élimination des déchets : les grands émonctoires

Un émonctoire est un organe chargé d’évacuer les déchets produits par l’organisme. En naturopathie, on en identifie quatre principaux : le foie associé à l’intestin, les reins, les poumons et la peau. Chacun traite une catégorie précise de déchets. Quand l’un d’eux est en surcharge, les autres tentent de compenser : la toxémie se déplace d’un émonctoire saturé vers un autre, qui s’emballe à son tour pour éliminer.

Les déchets en naturopathie

En naturopathie, les déchets se répartissent en deux grandes familles :

Les mucosités sont des déchets colloïdaux, visqueux, insolubles dans l’eau. Ils proviennent principalement d’une consommation excessive de produits laitiers, de gluten ou de graisses mal digérées. Le foie et l’intestin, la peau et les poumons sont leurs émonctoires naturels. Quand ils s’accumulent, ils génèrent des pathologies dites « colloïdales » : catarrhes (inflammation et hypersécrétion des muqueuses), sinusites chroniques, mucosités bronchiques, peaux grasses, kystes, lipomes.

Les acides, eux, sont solubles dans l’eau. Ils résultent du métabolisme normal des protéines, mais aussi d’un excès de produits animaux, de caféine, d’alcool ou d’aliments acidifiants. Leurs émonctoires sont les poumons pour les acides volatils, les reins pour les acides fixes, et la peau en soutien des deux. Quand ils s’accumulent, ils génèrent des pathologies dites « cristalloïdes » : inflammations en « ite » pour les acides libres, et pathologies en « ose » quand ils se combinent avec des bases minérales pour former des cristaux.

Le foie et l’intestin : l’émonctoire central

Le foie est l’organe de détoxification par excellence. Il accomplit sept grandes fonctions métaboliques, dont deux sont directement émonctorielles. D’abord, la détoxification : les hépatocytes transforment les molécules toxiques en les désactivant ou en les conjuguant, c’est-à-dire en les rendant hydrosolubles pour faciliter leur élimination. Ensuite, le rôle excréteur : ces molécules traitées sont versées dans la bile, produite en continu et stockée dans la vésicule biliaire. À chaque repas, la vésicule se contracte et déverse la bile dans le duodénum via le canal cholédoque.

C’est là que l’intestin entre en jeu. Le côlon est bien plus qu’un organe de transit. Il est l’organe de l’élimination. Les molécules envoyées par le foie dans la bile y sont évacuées avec les selles. Par ailleurs, certaines substances présentes dans le sang traversent directement la paroi colique pour être larguées dans la lumière intestinale et éliminées. Le foie et le côlon forment ainsi un binôme indissociable : l’émonctoire principal de l’organisme. En naturopathie, c’est toujours vers eux que l’on cherche à ramener la toxémie en priorité.

La peau et ses glandes sébacées constituent l’émonctoire secondaire de cet émonctoire central : les glandes sébacées sont décrites comme de « petits foies », capables d’évacuer les mêmes types de déchets en excès, que les autres émonctoires ne parviennent pas à prendre en charge.

Les reins : le filtre des acides

Chaque rein contient environ un million de néphrons, les unités fonctionnelles de la filtration. Le sang circule en permanence pour être filtré par les reins. Résultat : environ 160 à 200 litres de filtrat sont produits par jour. Près de 99 % sont réabsorbés, et le reste constitue l’urine.

Les reins éliminent les acides fixes, c’est à dire les plus difficiles à éliminer (l’acide urique, issu du métabolisme des purines, les acides aminés soufrés qui donnent de l’acide sulfurique et les acides phosphoriques issus des acides nucléiques). Leur capacité d’élimination est limitée par la température corporelle (plus le corps est chaud, plus la circulation rénale est active et plus les reins filtrent efficacement) et par la quantité de déchets à traiter. Quand ils sont surchargés, les acides s’accumulent dans l’organisme, ce qui aggrave l’acidose du terrain.

La peau intervient en soutien : ses glandes sudoripares fonctionnent comme de « petits reins ». La sueur contient de l’eau, des sels minéraux et une fraction de déchets métaboliques cristallisables. Stimuler la transpiration, notamment par la chaleur, est donc une façon de soulager les reins.

Les poumons : l’émonctoire le plus rapide

Les poumons abritent environ 800 millions d’alvéoles, soit une surface d’échange de 130 à 200 mètres carrés. À travers cette surface, le dioxyde de carbone produit par le métabolisme cellulaire passe dans l’air expiré en quelques secondes. C’est pourquoi les poumons sont l’émonctoire le plus rapide de l’organisme.

Ils éliminent spécifiquement les acides volatils, plus faciles à évacuer que les acides fixes (l’acide carbonique, le CO2 dissous, mais aussi les acides produits par certains aliments comme les fruits frais : acide citrique, malique, tartrique et les produits lactofermentés : acide lactique). Une respiration ample et profonde soutient donc directement l’équilibre acido-basique. À l’inverse, une respiration superficielle ralentit cette élimination et favorise l’acidification du terrain.

Par les bronches, l’organisme peut aussi évacuer des mucosités. Le mucus bronchique capture les poussières, les débris cellulaires et certaines substances en excès, puis les expectore. C’est précisément ce mécanisme que Seignalet associe à l’asthme et aux bronchites chroniques vues comme des pathologies d’élimination.

La peau : la plus grande surface éliminatrice

La peau est l’organe le plus vaste du corps : en moyenne deux mètres carrés de surface et cinq kilos de poids. Elle est structurée en trois couches. L’épiderme, non vascularisé, est constitué de plusieurs rangées de kératinocytes. Ces cellules naissent dans la couche profonde, progressent vers la surface et meurent en chemin, formant la couche cornée. Ce renouvellement permanent constitue à lui seul un mécanisme d’élimination : des déchets sont emportés avec les cellules mortes qui se desquament.

Le derme, lui, est vascularisé. Il contient les glandes sudoripares et sébacées, qui sont les deux structures émonctorielles de la peau. Les glandes sudoripares évacuent une sueur composée d’eau, de sels minéraux et d’une fraction de déchets métaboliques. Les glandes sébacées produisent le sébum, une substance huileuse qui peut emporter certaines molécules grasses en excès.

L’hypoderme, enfin, est le tissu sous-cutané profond. Il stocke les graisses et joue un rôle de réservoir : quand les émonctoires sont débordés et que les molécules grasses ne peuvent plus être évacuées, elles s’y accumulent. C’est pourquoi certains lipomes ou dépôts graisseux localisés sont vus en naturopathie comme un signe de saturation émonctorielle.

En naturopathie, la peau joue un double rôle selon le type de déchets. Via la sueur, elle élimine des cristaux (comme les reins). Via le sébum, elle évacue des colles et des graisses (comme le foie). Quand ces deux types de déchets s’accumulent et que les émonctoires principaux sont dépassés, la peau compense en s’emballant, ce qui se traduit par des dermatoses, des acnés ou des éruptions cutanées.

La distinction avec la maladie infectieuse

Il est important de souligner que cette théorie ne s’applique pas aux maladies infectieuses aiguës, où la présence d’un agent pathogène est clairement identifiée. Elle s’applique aux pathologies chroniques récidivantes, sans agent infectieux en cause, où l’inflammation revient malgré les traitements.

L’approche allopathique vise souvent à bloquer la réaction inflammatoire ou à tarir la sécrétion. L’approche naturopathique, elle, cherche à comprendre pourquoi l’organisme élimine autant, et à réduire la charge de déchets en amont.

La lecture hygiéniste : accompagner l’élimination sans la bloquer

En naturopathie hygiéniste, soutenir l’élimination est un principe fondamental. Quand un émonctoire est en surcharge, on ne cherche pas à le bloquer. On cherche à l’accompagner, et à alléger la charge par l’alimentation et les autres outils hygiénistes.

Ainsi, une rhinite chronique, un eczéma rebelle ou un côlon irritable ne sont pas des ennemis à combattre. Ce sont des signaux. Le corps communique. Il indique où il tente d’éliminer, et par là, il révèle une surcharge de terrain.

Ce travail se fait toujours en complément du suivi médical. Certaines pathologies nécessitent une prise en charge médicale urgente. La naturopathie n’a pas vocation à s’y substituer, mais à agir en profondeur sur les causes.

La théorie de l’élimination offre une lecture cohérente de nombreuses pathologies chroniques qui semblent sans lien apparent. Elle reconnaît dans la réaction du corps une tentative d’auto-nettoyage. Comprendre ce mécanisme permet d’adapter l’accompagnement naturopathique en conséquence, en aidant l’organisme à éliminer plutôt qu’en bloquant son signal.

Vous souffrez d’une pathologie chronique récidivante et souhaitez comprendre ce que votre corps tente d’éliminer ? Prenez rendez-vous pour un bilan naturopathique personnalisé.

Sources

Seignalet J. L’alimentation ou la troisième médecine, 5e éd. Éd. François-Xavier de Guibert